Décret tertiaire, audit énergétique, CEE P6, ISO 50001 : tout le cadre réglementaire de la gestion énergétique des entreprises françaises. Obligations, seuils, sanctions et pilotage stratégique sourcés Légifrance et ecologie.gouv.fr.
Synthèse réglementaire
La gestion énergétique des entreprises françaises est encadrée par trois obligations légales cumulables en 2026 : le décret tertiaire (Décret n°2019-771) imposant −40 % de consommation d'ici 2030 pour tout bâtiment tertiaire ≥ 1 000 m², avec déclaration annuelle sur OPERAT avant le 30 septembre 2026 ; l'audit énergétique obligatoire pour toute entreprise consommant ≥ 2,75 GWh/an (Loi n°2025-391 du 30 avril 2025, en vigueur depuis le 1er octobre 2025) ; et les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) dont la 6e période (2026-2030) fixe un objectif national de 5 250 TWhc. Les entreprises consommant ≥ 85 TJ/an (23,6 GWh) ont en outre l'obligation de mettre en place un SMEn ISO 50001 avant le 11 octobre 2027.
La gestion énergétique d'une entreprise française n'est plus une démarche volontaire optionnelle : c'est, selon la taille et la localisation des actifs, un ensemble d'obligations légales assorties de sanctions, de calendriers contraignants et de mécanismes de financement structurés. Le décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 soumet les bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² à des objectifs de réduction d'énergie finale de 40 % d'ici 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à 2010. La loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 a réformé les seuils de l'audit énergétique obligatoire, désormais basés sur la consommation réelle d'énergie de l'entreprise (Code de l'énergie, art. L.233-1 modifié). Et depuis le 1er janvier 2026, la sixième période du dispositif des Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) s'est ouverte avec un objectif de 5 250 TWhc sur la période 2026-2030.
Ces trois leviers — obligations déclaratives sur les bâtiments, audit réglementaire de la consommation, et financement partiel par les CEE — forment la matrice réglementaire dans laquelle s'inscrit toute stratégie énergétique d'entreprise sérieuse. À cela s'ajoutent les enjeux de compétitivité directe : en 2025, l'énergie représente en moyenne entre 3 % et 8 % des coûts de production des entreprises industrielles, et entre 1 % et 4 % des charges d'exploitation des entreprises tertiaires.
Cet article présente, dans un registre opérationnel et réglementaire, l'ensemble du cadre applicable aux entreprises françaises, les outils de pilotage disponibles, et les leviers à actionner selon le profil de l'entreprise — du responsable facilities d'un siège tertiaire à la direction financière d'un groupe industriel ETI.
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Le cadre légal du dispositif Éco Énergie Tertiaire (EET), dit "décret tertiaire", est établi par l'article L.111-10-3 du Code de la construction et de l'habitation et précisé par le Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 (JORF n°0171 du 25 juillet 2019, entré en vigueur le 1er octobre 2019). Il s'inscrit dans le cadre de la loi ELAN (Évolution du Logement, de l'Aménagement et du Numérique), promulguée fin 2018.
Sont assujettis : les bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments existants à usage tertiaire situés en France métropolitaine et dans les DOM, dès lors que la surface de plancher d'activités tertiaires est supérieure ou égale à 1 000 m² (Décret n° 2019-771). Le champ sectoriel est large : bureaux, commerces, hôtels, établissements de santé, entrepôts, data centers, établissements d'enseignement, espaces sportifs, gares et aéroports.
Selon le Ministère de la Transition Écologique, les bâtiments tertiaires représentent 973,4 millions de m² en France — une donnée qui illustre l'ampleur du parc concerné et le potentiel national de réduction.
L'obligation de résultat est fixée à trois horizons décennaux par le Décret n° 2019-771 (art. R.131-39 du Code de la construction et de l'habitation) :
−40 % en 2030 · −50 % en 2040 · −60 % en 2050 — par rapport à une année de consommation de référence (entre 2010 et 2019).
La première méthode (valeur relative) consiste à réduire la consommation d'énergie finale d'une Entité Fonctionnelle Assujettie (EFA) de 40 %, 50 % puis 60 % par rapport à sa consommation de référence. La mutualisation entre plusieurs bâtiments d'un même parc est autorisée.
La seconde méthode (valeur absolue) consiste à atteindre un niveau de consommation exprimé en kWh/m²/an, calculé automatiquement par la plateforme OPERAT pour chaque catégorie d'activité.
La plateforme OPERAT (Observatoire de la Performance Énergétique, de la Rénovation et des Actions du Tertiaire), gérée par l'ADEME, est la colonne vertébrale opérationnelle du dispositif. Les assujettis doivent y déclarer annuellement leurs consommations d'énergie pour l'année précédente. L'échéance de déclaration pour les données de consommation 2025 est fixée au 30 septembre 2026. Un nouveau modèle d'attestation numérique standardisée (Arrêté du 1er août 2025) est en phase transitoire jusqu'au 1er juillet 2026.
Le premier cycle de vérification nationale, prévu à partir de 2031, permettra à l'ADEME de contrôler les données 2020-2030. Les dossiers techniques de modulation d'objectif doivent être déposés avant le 30 septembre 2027.
Le dispositif prévoit un mécanisme de publication administrative des contrevenants ("name and shame"), prévu par le Code de la construction et de l'habitation (articles L.174-1 et suivants).
L'obligation d'audit énergétique pour les grandes entreprises trouve son origine dans la Directive européenne 2012/27/UE relative à l'efficacité énergétique, transposée en droit français par la loi n° 2013-619 du 16 juillet 2013. Elle est codifiée aux articles L.233-1 à L.233-4 (cadre législatif) et R.233-1 à D.233-16 (cadre réglementaire) du Code de l'énergie. Le décret n° 2014-1393 du 24 novembre 2014 a précisé les modalités : couverture d'au moins 80 % du montant des factures énergétiques, réalisation tous les 4 ans, selon les exigences des normes NF EN 16247.
Jusqu'au 1er octobre 2025, l'obligation s'appliquait aux entreprises remplissant l'une des deux conditions suivantes sur deux exercices comptables consécutifs : un effectif ≥ 250 personnes ; ou un CA excédant 50 M€ et un total de bilan > 43 M€. La certification ISO 50001 sur au moins 80 % des factures énergétiques dispensait de l'obligation d'audit.
La Directive (UE) 2023/1791 (EED refondue, JOUE 13/09/2023), transposée par la loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 (JORF n°0102 du 2 mai 2025, loi DDADUE 2025), a réformé en profondeur les critères de soumission. Depuis le 1er octobre 2025 :
≥ 2,75 GWh/an (moy. 3 ans) → Audit NF EN 16247 tous les 4 ans OU ISO 50001
≥ 85 TJ/an (23,6 GWh) → SMEn ISO 50001 obligatoire avant le 11/10/2027
L'obligation s'applique quelle que soit la taille de l'entreprise (effectif, CA) — changement majeur par rapport aux critères précédents.
L'amende ne peut être supérieure à 2 % du chiffre d'affaires HT du dernier exercice clos, portée à 4 % en cas de récidive (Code de l'énergie, art. L.233-4). Les DREAL/DEAL sont chargées du contrôle.
| Critère | Seuil | Obligation | Périodicité | Exemption | Base légale |
|---|---|---|---|---|---|
| Audit énergétique depuis 1er oct. 2025 |
≥ 2,75 GWh/an moy. 3 dernières années |
Audit NF EN 16247 couvrant ≥ 80 % factures |
Tous les 4 ans | ISO 50001 certifié ≥ 80 % factures |
L.233-1 Code énergie Loi 2025-391 |
| SMEn ISO 50001 gros consommateurs |
≥ 85 TJ/an = 23,6 GWh/an |
SMEn ISO 50001 dans un délai de 2 ans |
Continu renouvellement cert. |
— SMEn EST l'obligation |
Directive EED 2023/1791 Loi 2025-391 |
| Anciens seuils avant 1er oct. 2025 |
≥ 250 sal. ou CA >50 M€ + bilan >43 M€ |
Remplacés par critère conso. | Tous les 4 ans | ISO 50001 | L.233-1 ancien Loi 2013-619 |
| Sanctions | Amende jusqu'à 2 % du CA HT (4 % en récidive) | L.233-4 Code énergie | |||
| Le nouveau critère de consommation s'applique aux entreprises entrant dans le champ après le 1er oct. 2025. Le SMEn ISO 50001 exempte de l'audit pour les entreprises au-dessus du seuil 2,75 GWh mais constitue l'obligation principale pour les consommateurs ≥ 85 TJ. Mars 2026. | |||||
Le dispositif des Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) a été créé par les articles 14 à 17 de la loi n° 2005-781 du 13 juillet 2005 (Loi POPE), codifiés aux articles L.221-1 et suivants du Code de l'énergie. Son fonctionnement repose sur une obligation de réalisation d'économies d'énergie imposée aux fournisseurs d'énergie — les "obligés" : distributeurs d'électricité, de gaz, de carburant, de chaleur et de fioul.
Les entreprises sont des acteurs "éligibles" : en réalisant des travaux d'efficacité énergétique, elles peuvent percevoir des primes financées par les obligés — ou directement valoriser leurs CEE via le registre national EMMY.
La 5e période (P5) avait un objectif initial de 2 500 TWhc, relevé à 3 100 TWhc en octobre 2022. La 6e période (P6), ouverte le 1er janvier 2026, fixe un objectif national de 5 250 TWhc sur 2026-2030. Parmi ceux-ci, 1 400 TWhc sont dédiés aux ménages en situation de précarité énergétique (26,7 % du total). La P6 retient un volume constant sans palier progressif interne.
5 250 TWhc — Objectif CEE P6 (2026-2030), en hausse vs P5 (3 100 TWhc). Dont 1 400 TWhc précarité énergétique.
La P6 accentue la montée en qualité des opérations : renforcement des contrôles, fiches d'opérations standardisées mieux encadrées. Les projets en gestion technique du bâtiment (GTB), pilotage énergétique, rénovation performante de l'enveloppe, et récupération de chaleur industrielle restent fortement valorisables.
Créé par l'Arrêté du 24 décembre 2024 (JORF n°0309 du 31 décembre 2024), le programme PACTE ENTREPRISES, porté par l'ADEME, vise à accompagner les TPE et PME du petit tertiaire et de l'industrie. Objectif : atteindre 700 000 entreprises via un dispositif mixant accompagnement digital et humain (volume CEE alloué : 17,42 TWhcumac sur 2025-2028).
Les opérations standardisées sont définies par l'arrêté du 22 décembre 2014 et ses actualisations. Pour les entreprises, les secteurs les plus pertinents sont le tertiaire (fiches TER), l'industrie (fiches IND) et les réseaux (fiches RES). Parmi les actions éligibles : isolation de bâtiments, remplacement CVC, installation de GTB/GTC, variateurs de vitesse, systèmes d'air comprimé haute efficacité, récupération de chaleur sur process industriels, éclairage LED, et régulation CVC.
Un audit énergétique est une photographie de la consommation d'énergie d'un site. Réalisé conformément à la norme NF EN 16247, il couvre au moins 80 % des factures et identifie les gisements d'amélioration. Le Ministère de la Transition Écologique indique que les investissements préconisés peuvent permettre jusqu'à 30 % de réduction des dépenses énergétiques — et dépasser 50 % pour la part liée au bâtiment.
La transition vers un Système de Management de l'Énergie (SMEn) ISO 50001 représente le passage d'une logique de conformité à une logique d'amélioration continue. Un SMEn formalise : la politique énergétique, les indicateurs de performance (IPÉ), les objectifs et cibles de réduction, les plans d'action, et les revues périodiques de direction.
Le CPE est un mécanisme contractuel par lequel un prestataire (SSEE/ESCO) s'engage à réaliser des travaux d'amélioration de la performance énergétique avec une garantie de résultat sur les économies atteintes. Si les économies ne sont pas au rendez-vous, le prestataire compense financièrement l'écart. Le CPE est défini à l'article L.441-1 du Code de l'énergie et fait l'objet d'une normalisation européenne (norme EN 15900).
La maîtrise de la consommation et la maîtrise du coût d'achat sont deux leviers distincts mais complémentaires. La mise en concurrence régulière des fournisseurs, le choix entre prix indexé et prix fixe, et le recours aux mécanismes d'achat forward permettent de piloter l'exposition au risque de prix — indépendamment des actions d'efficacité menées en amont.
Pour une PME exploitant des locaux tertiaires de plus de 1 000 m², l'obligation décret tertiaire est le premier point de conformité à sécuriser. L'enjeu immédiat (avant le 30 septembre 2026) est la déclaration des données de consommation 2025 sur OPERAT. Le programme PACTE ENTREPRISES (Arrêté 24 décembre 2024) représente un point d'entrée CEE accessible pour les TPE/PME.
Pour une ETI industrielle consommant de 3 à 50 GWh par an, le basculement vers les nouveaux seuils de l'audit réglementaire (Loi n° 2025-391) est l'enjeu central. Les entreprises au-dessus de 23,6 GWh ont une obligation de mise en place d'un SMEn ISO 50001 avant le 11 octobre 2027. Les fiches CEE industrielles (récupération de chaleur, variateurs, air comprimé) offrent des volumes significatifs de valorisation.
La gestion énergétique s'intègre dans le cadre plus large du reporting extra-financier — notamment la CSRD (Directive (UE) 2022/2464) qui impose la publication de données d'émissions de GES en scope 1, 2 et 3. L'audit énergétique et le SMEn constituent les fondations des données nécessaires au reporting CSRD. Un CPE pluriannuel sur le patrimoine immobilier sécurise à la fois la trajectoire décret tertiaire et les données de performance pour le rapport de durabilité.
Pour les acteurs à consommation électrique très élevée, la combinaison décret tertiaire + CEE + SMEn + stratégie d'achat forward constitue la matrice complète de gestion. Pour un consommateur de 10+ GWh/an, un différentiel de 5 €/MWh représente plus de 50 000 € d'écart annuel de facture.
Oui si vous êtes propriétaire ou locataire d'un bâtiment dont la surface de plancher consacrée aux activités tertiaires est ≥ 1 000 m² (Décret n° 2019-771). Le champ couvre les bureaux, commerces, hôtels, restaurants, entrepôts, data centers, établissements de santé et d'enseignement. Si votre surface atteint ce seuil, l'obligation de déclaration annuelle sur OPERAT et d'atteinte des paliers de réduction est applicable, indépendamment du statut (propriétaire ou locataire).
Depuis le 1er octobre 2025, toute entreprise dont la consommation annuelle moyenne d'énergie finale est ≥ 2,75 GWh (moy. 3 ans) — quelle que soit sa taille en effectif ou CA (Code de l'énergie, art. L.233-1 modifié par Loi n° 2025-391). L'audit doit couvrir ≥ 80 % des factures et être conforme à la norme NF EN 16247.
En réalisant des travaux éligibles (isolation, CVC, GTB, éclairage…), une entreprise peut percevoir une prime financée par un obligé. Deux voies : (1) négocier une prime avec son fournisseur d'énergie lors d'un contrat de fourniture ; (2) passer par un agrégateur CEE. Le programme PACTE ENTREPRISES (ADEME, Arrêté 24/12/2024) ouvre une voie d'accompagnement subventionnée pour les TPE/PME.
L'audit est une photographie ponctuelle (tous les 4 ans) selon la norme NF EN 16247. L'ISO 50001 est un Système de Management de l'Énergie permanent, avec revues régulières, indicateurs et certification périodique. Le SMEn dispense de l'audit pour les entreprises ≥ 2,75 GWh et est obligatoire au-dessus de 23,6 GWh. Le SMEn représente un investissement organisationnel plus important mais génère des économies continues.
En principe oui, avec des règles anti-cumul spécifiques à respecter selon les opérations. Les CEE sont compatibles avec le décret tertiaire — ils financent des actions qui améliorent la trajectoire OPERAT. Certaines aides d'État peuvent être partiellement incompatibles avec la pleine valorisation CEE sur la même opération. Les règles sont précisées opération par opération dans les fiches standardisées CEE publiées par arrêté sur ecologie.gouv.fr.
La gestion énergétique des entreprises françaises s'est transformée en un domaine réglementé à part entière, avec un corpus de textes précis, des échéances calendaires connues, des mécanismes de financement structurés et des sanctions réelles. Le décret tertiaire impose une trajectoire à 30 ans ; l'obligation d'audit a été étendue en 2025 à toute entreprise consommant plus de 2,75 GWh/an ; et la sixième période des CEE ouvre 5 250 TWhc de financement sur 2026-2030.
Ces dispositifs s'imbriquent dans un cadre plus large (MACF depuis le 1er janvier 2026, SEQE 2 en 2027, CSRD) qui fait de la performance énergétique un enjeu compétitif et de conformité simultanément. Pour les PME comme pour les ETI, les prochains mois (déclaration OPERAT avant le 30 septembre 2026, vérification des seuils d'audit, ouverture de la P6 CEE) constituent une fenêtre d'action concrète.
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